Le matériel Montessori

 

Directement accessible sur des étagères à hauteur d’enfants, chaque matériel Montessori de chacun des domaines est un appel, une invitation à l’activité.

L’enfant peut l’utiliser tout le temps nécessaire durant la matinée dont la durée nécessaire est de 2h1/2 à 3 heures sans interruption. Lorsque l’enfant a terminé, il rapporte le matériel à l’endroit où il l’a pris sur l’étagère et un autre enfant peut le choisir à son tour.

Le matériel, de par sa beauté et sa conception, stimule l’auto-activité enfantine ; il isole une qualité et par conséquent présente un seul concept à la fois.

Par exemple, la tour rose est composée de dix cubes de tailles différentes : l’enfant construit la tour en commençant par le plus grand cube et termine par le plus petit ; ce matériel isole le concept grand, petit.

D’autres matériels isolent d’autres concepts : les couleurs avec les tablettes de couleurs, les longueurs avec les barres rouges. Le matériel est auto-correctif. Si un cylindre n’entre pas dans une cavité, l’enfant voit de lui-même l’erreur et peut la corriger sans intervention adulte. Cela suscite un travail mental de comparaison et jugement, la satisfaction de faire juste, développe la confiance en soi et le plaisir d’apprendre par soi-même et par ses propres forces !

Puis l’enfant peut poursuivre son exploration ; il découvre que plusieurs pièces du matériel ont des relations entre elles . Par exemple, tour rose et escalier marron ont la même section, ce qui permet des combinaisons à l’infini … plus grand 10 cm3. L’ensemble du matériel possède des connexions multiples.

Le matériel de vie pratique, la « soie » de la vie quotidienne

 


« Une des principales tâches de notre méthode a été de faire pénétrer l’éducation musculaire dans la vie même des enfants en la reliant à la vie quotidienne ; nous avons ainsi introduit pleinement l’éducation des mouvements dans l’ensemble unique et inséparable de l’éducation de la personne enfantine
 »
Maria Montessori, Pédagogie scientifique vol. I, p.65.

Les enfants d’âge préscolaire adorent reproduire les gestes des adultes qui les entourent. Le matériel de vie pratique l’aide à réaliser ce désir. Lorsque le petit enfant arrive à 3 ans, ces exercices lui permettent de faire le lien entre la maison et la classe.

Ces activités dont le but est directement visible par l’enfant (boutonner, cirer les chaussures, nettoyer un miroir, verser de l’eau), invitent l’enfant à réaliser à son rythme, avec des outils à sa taille des activités déjà observées dans le monde adulte. L’éducateur est disponible pour aider si nécessaire, encourager les plus timides, ceci sans interférer inutilement dans l’activité.

A 3 ans, l’enfant est plus intéressé par l’action de laver la table que par le résultat. L’activité l’aide au contrôle de ses mouvements moteurs globaux ; la coordination nécessaire entre l’œil et la main l’amène à une précision de plus en plus grande de ses mouvements. Dans une ambiance Montessori, il existe quatre groupes d’exercices de vie pratique :

– les soins de la personne (savoir s’habiller, boutonner, coudre)
– les soins de l’environnement (nettoyer, laver, repasser, soigner une plante, plier, couper)
– le développement des relations sociales (demander, remercier, servir)
– la coordination des mouvements (exercices sur la ligne, maîtrise de ses mouvements et de son équilibre, la leçon de silence).

Il est souvent difficile pour des adultes de comprendre l’utilité des exercices de vie pratique et l’intérêt que cela suscite chez l’enfant. Pour celui-ci, l’habileté manuelle, la complexité, le perfectionnement des mouvements nécessaires suscitent une grande attention.

Grâce à une présentation exacte, le déroulement de l’activité et l’objectif proposés sont directement accessibles pour l’enfant, l’imitation est aisée et provoque le désir de réussir par l’intermédiaire d’un mouvement de plus en plus précis. Ce processus va susciter la concentration par étapes progressives. Le jeune enfant est attiré par ces activités car elles lui permettent d’accéder à l’indépendance.

Après avoir appris à boutonner, cirer ses chaussures, laver les mains, la répétition spontanée de ces exercices, amène à une maîtrise qui libère l’enfant de l’intervention nécessaire de l’adulte.

La confiance en soi et l’estime de soi se renforcent ; la période sensible de coordination et de perfectionnement du mouvement est pleinement satisfaite. « Aide moi à faire seul » est la devise de cet âge. La pédagogie Montessori encourage et renforce cette prise d’autonomie.

Le matériel de développement des sens

 


« Les sens sont des organes de préhension des images du monde extérieur nécessaires à l’ intelligence comme la main est l’organe de préhension des choses matérielles nécessaires au corps »

Maria Montessori, Pédagogie scientifique vol. I, p.85.

Le monde est couleurs, formes, dimensions, sons, odeurs et goûts. Les enfants vivent dans un monde de sensations multiples ; afin de poursuivre leur développement, ils ont besoin de classifier, nommer ces multiples impressions. A travers la vue, le toucher, le goût, l’odorat et l’écoute, le matériel sensoriel Montessori permet à l’enfant d’ordonner, de classifier et de comprendre ce monde environnant.

Pour comprendre long et court, par exemple, l’enfant aligne des barres rouges dont les extrêmes incarnent le concept. De même lisse et rugueux sont perceptibles grâce à une surface en papier émery et une autre vernie. Plus tard, l’enfant retrouve la perception de lisse et rugueux pour distinguer terre et eau sur le globe terrestre.

L’enfant poursuit et complète l’exploration sensorielle du monde avec les formes géométriques planes, et solides, les puzzles de géographie, le matériel de musique et de biologie. Les distinctions sensorielles vont s’affiner, les contrastes vont s’aligner en gradation, l’enfant va distinguer une progression de plus en plus ténue entre grand et petit entre couleurs claires et foncées, son haut et bas, poids lourd et léger.

Les qualités intellectuelles de comparaison et jugement vont se développer jusqu’à atteindre une précision quasi mathématique. Le matériel sensoriel satisfait la période sensible sensori-motrice et le besoin d’exploration du jeune enfant en lui offrant un outil de développement perfectionné et intéressant.

Ce matériel est un outil d’exploration de la réalité qui favorise la prise de conscience de plus en plus aigüe du monde qui entoure l’enfant et lui évite la tentation de se réfugier dans le monde de l’imaginaire.

Le matériel de mathématiques : du concret à l’abstrait

 


« La mathématique se présente comme un moyen de développement mental, nécessaire et de culture élémentaire qui privilégie le développement de l’enfant et le situe par-dessus les disciplines scolaires »

Traduction libre de « Psico aritmetica » de Maria Montessori.

Par son besoin d’ordre et de classification, l’esprit du jeune enfant est naturellement mathématique. Cependant l’environnement naturel ne suffit pas à alimenter ce besoin. Pour aider l’enfant, Maria Montessori a imaginé un matériel sensoriel qui présente sous forme concrète des principes abstraits.

Une première notion du système décimal a été donnée avec le matériel sensoriel qui se présente souvent en 10 exemplaires dans la tour rose, l’escalier marron, les barres rouges, par exemple. Les formes et solides géométriques induisent les idées d’aire et de volume ; les triangles constructeurs permettent d’expérimenter que toute forme géométrique peut être subdivisée en triangles. Enfin, la table de Pythagore sensorielle annonce la table de multiplication.

Le matériel de mathématique sera présenté de manière graduelle et progressive, en fonction du niveau et des besoins des enfants et selon le principe du libre choix. Les barres numériques associées aux chiffres rugueux, les fuseaux, les jetons introduisent progressivement une claire conscience mathématique de la suite numérique. Puis le matériel des perles dorées apporte l’idée de la formation des grands nombres et la compréhension sensorielle et ludique de la fonction des 4 opérations.

A chaque étape, l’enfant manipule un matériel concret qu’il met en lien avec les symboles de la numération. Grâce au soutien sensoriel, l’enfant intègre à son rythme les principales règles mathématiques.

La simplicité d’utilisation du matériel et l’aspect ludique des jeux des quatre opérations ouvrent l’esprit, facilitent la mémorisation des combinaisons de base ; la capacité de calcul mental est acquise de manière naturelle et sans exercices fastidieux. Le passage à l’abstraction se fera par paliers successifs, à l’aide d’expériences et de découvertes adaptées à l’intelligence du jeune enfant.

Le matériel de langage

 


« Nos expériences, réalisées avec des enfants de 4 ans (période durant laquelle l’écriture peut « exploser » comme conséquence d’une conquête déjà faite) ont été particulièrement importantes.
Le développement du langage dure en fait jusqu’à 5 ans et l’esprit de l’enfant se trouve dans une phase active pour tout ce qui concerne le langage »
Maria Montessori, La formation de l’homme.

La Maison des Enfants favorise un développement très riche du langage parlé. Dans cet environnement, l’enfant entend et utilise un vocabulaire précis pour chaque activité : il nomme les textures, les couleurs, les formes géométriques, les plantes, les opérations mathématiques etc.

Des séries de cartes avec nomenclatures couvrent chaque centre d’intérêt traité en classe. Les 26 lettres rugueuses viennent illustrer le son entendu par l’enfant. Elles deviennent un alphabet mobile pour permettre la composition de tous les mots entendus et mis en lien avec des objets réels. L’écriture préparée par le toucher des lettres rugueuses survient souvent de manière explosive comme l’aboutissement d’un long travail préparatoire « Je sais écrire ! » ou « Je sais lire ! ».

La lecture préparée par l’écoute des sons et leur correspondance graphique survient avec la même spontanéité ; elle est consolidée par une étude systématique des phonogrammes. Une présentation grammaticale ludique adaptée à la psychologie enfantine leur permet de comprendre quelle est la place des mots dans la phrase, comment s’organise la syntaxe que les enfants possèdent déjà oralement.

La connaissance de la langue écrite est la clé qui ouvre la porte à une foule d’explorations offertes à la curiosité enfantine. Par exemple, les différentes familles d’animaux, amphibiens, reptiles, oiseaux, mammifères ou la botanique avec son infinie variété de plantes.

Les puzzles de géographie, les expériences des contrastes géographiques, l’étude des continents, de leur faune, de leur flore, la connaissances des peuples qui les habitent ouvrent le champ de découvertes infinies.